Située à 31 km de Fort-de-France Saint-Pierre est une ville qui a marquée l'histoire de la Martinique. Sa destruction le 8 mai 1902 a eu des conséquences sociales, politiques et économiques sur la vie martiniquaise.
Première cité édifiée par les français en 1635, Saint-Pierre acquiert dès ses premières années, une importance considérable dans la vie de la colonie. Repère de flibustiers, puis haut lieu du trafic d'esclaves alimentant les plantations, la ville se développe rapidement autour du commerce des denrées exotiques (indigo, café, sucre...) qui fait la fortune de l'île au XVIIIème siècle.
Ses négociants enrichis par le monopole commercial dont ils bénéficient à l'import comme à l'export contrôlent l'essentiel de l'économie martiniquaise et étendent bientôt leur domination au reste des Antilles. En quelques années, ils font de Saint-Pierre, le port français le plus important de la région. Sous leur influence, la ville se transforme et s'européanise.
Déracinés sous les tropiques, ils tentent, avec succès, de reproduire un mode de vie proche de celui qu'ils connaissaient en métropole. Les cases en bois assemblées par les premiers colons laissent ainsi progressivement la place à de solides maisons de ville en pierre de taille, tandis que les rues sont pavées, et que les nombreux cours d'eau qui jaillissent du Mont - Pelé et des mornes environnants sont exploités pour créer un vaste réseau de caniveaux et de fontaines qui atténuent l'atmosphère pesante des rues inondées de soleil.
A la fin du XIXème siècle, la ville se dote d'un éclairage public fonctionnant à l'électricité et découvre l'utilité du téléphone. Un tramway la traverse du nord au sud et relie la place du Mouillage à l'usine Guérin, sise à l'embouchure de la rivière Blanche.
Au début du XXème siècle, Saint-Pierre et ses 26000 habitants demeure le plus grand centre urbain de la Martinique. L'économie n'y est plus aussi florissante qu'autrefois.
Les riches habitants de la ville, négociants ou propriétaires de plantation, ont du s'adapter aux profonds bouleversements consécutifs à l'abolition de l'esclavage en 1848, et à l'effondrement des cours du sucre au début des années 1880.
En effet, l'interdiction de la très profitable traite des noirs rend soudain caduque les fondements mêmes de l'économie de plantation. Désormais obligées de payer leur main-d'œuvre, les habitations sucrières voient s'envoler leurs coûts de production et n'arrivent plus à soutenir la concurrence croissante du sucre de betterave sur le marché métropolitain. Résultat, beaucoup de planteurs font faillites et entraînent dans leur chute les maisons de commerce les plus fragiles.
Mais cela n'empêche pas la majorité des grandes familles blanches créoles de Saint-Pierre de continuer à prospérer. Aidées par les riches indemnités qu'elles reçoivent en 1848 pour chaque esclave qu'elles possédaient, elles modernisent leurs exploitations et abandonnent la production de sucre pour se livrer presque exclusivement à celle du rhum.
Un produit ayant l'avantage d'être rémunérateur et peu gourmand en main-d'œuvre. Des investissements considérables sont réalisés et des distilleries construites par dizaines, dont certaines en plein centre-ville. La reconversion est une réussite. En 1900, Saint-Pierre devient le premier exportateur de rhum au monde.
Si l'oligarchie békée a réussie à maintenir son pouvoir économique après l'abolition de l'esclavage, il n'en va pas de même au niveau politique. Depuis 1871, l'école laïque et surtout le droit de vote étendu à la population de couleur ont profondement modifié le paysage local.
Des tensions de plus en plus marquées se font jour entre les nouveaux électeurs acquis à la République, et les békés nostalgiques de la période esclavagiste. L'atmosphère est d'autant plus lourde, que le parti républicain lui même s'entre-déchire au gré de querelles de personnes. Bientôt, la municipalité de Saint-Pierre devient un bateau ivre incapable de la moindre décision, où l'on ne siège que pour mieux s'enrichir frauduleusement.
C'est dans ce climat déplorable encore renforcé par les luttes du premier tour des élections législatives, qu'intervient le reveil de la montagne Pelée. Depuis le début de l'année 1902, on note l'apparition de plus en plus fréquentes de fumerolles échappées du volcan, et en avril le mouvement s'accélère. Aux fumées et à l'odeur de souffre s'ajoute une activité sismique qui secoue tout le nord de l'île. Les cables télégraphiques sous-marins qui relient Saint-Pierre à la Dominique et à la Guadeloupe sont rompus.
Au sommet du volcan, l'étang sec se remplit d'eau chaude et de boue, que l'éruption du 5 mai précipite dans la vallée de la rivière Blanche, engloutisant sur son passage 25 employés de l'usine Guérin, et provoquant un raz de marée dans la baie. Appeurés et incommodés par les nuages de cendres qui ensevellissent leurs communes, les habitants du nord de l'île abandonnent leurs maisons pour venir se réfugier en masse à Saint-Pierre.
Dans la ville, on s'organise. Les réfugiés sont accueillis par des pierrotins charitables ou par les curés qui leurs ouvrent les portes des églises. Une commission scientifique est mise sur pieds pour évaluer la gravité du danger. Malheureusement la volcanologie est encore à l'époque, une science embryonnaire ignorante des phénomènes de nuée ardente, et ce sont surtout des torrents de laves qui sont attendus et redoutés.
Tout le monde s'accorde sur l'imminence d'une éruption majeure, mais la majorité de la population, renforçèe dans cette idée par les déclarations rassurantes des autorités, espère que la ville de Saint-Pierre sera épargnée et décide de rester sur place. Il semble en effet improbable que la lave réussisse à atteindre la ville.
Relativement loin du cratére, les six kilomètres qui la séparent du volcan sont parcourus par de profondes vallées dont on pense qu'elles canaliseront comme par le passé les épanchements volcaniques.
En conséquence, seules quelques centaines d'habitants prennent la route de Fort-de-France. D'autant que la bourgeoisie locale rechigne à laisser ses maisons et ses richesses à la portée d'éventuels pillards.
Du 5 au 7 mai l'activité volcanique s'intensifie et la population prend peur.
Le 6 mai les nuages se font plus denses. Une épaisse couche de cendre recouvre la ville et s'insinue dans les habitations. Dans les rues, c'est le silence, la cendre étouffe le bruit des pas sur les pavés. Au loin, les grondements du volcan deviennent assourdissants.
Des coulées de boue continuent à dévaler sporadiquement les pentes du Mont-Pelé, tandis que les premières nuées ardentes sont observées du côté du bourg du Prêcheur au nord de Saint-Pierre.
La population de la ville déjà inquiète, depuis les évènements du 5 mai et la destruction de l'usine Guérin est gagnée par l'affolement.
Le 7 mai dans l'après-midi, le maire téléphone au Gouverneur pour lui demander l'envoi d'un détachement destiné à maintenir l'ordre. Heureusement, sa demande n'est pas écoutée.
A quatre heures, c'est le Gouverneur lui-même accompagné de sa femme et de quelques hauts fonctionnaires, qui rentre dans Saint-Pierre pour rassurer la population. Le communiqué rassurant publié par la commission scientifique le soir du 7 mai l'aide en ce sens.
Les journaux sont de la parti. A la veille du drame, l'Opinion n'hésite pas à titrer : "Prêchotins, mes amis, dormez tranquilles!" La tension retombe un peu, mais n'empêche pas de nombreux fidèles de s'assembler dans les églises pour prier toute la nuit.
Le 8 mai, c'est la catastrophe. Le bouchon de lave qui obstrue le cratère a résisté à la pression des gaz qui font alors éclater la partie la plus fragile du Mont Pelée. Des nuages de gaz chargés de cendres et de souffres, chauffés à 1000°, dévalent sur la ville à plus de 200 km/h.
Un peu avant 8 heures du matin, la nuée ardente frappe Saint-Pierre. La pression des gaz, projetés à haute vitesse, renverse tout sur son passage. En quelques secondes toute trace de vie disparaît. Maisons et monuments sont soufflés. De solides murs de pierre, larges d'un métre, s'effondrent.
30 000 personnes meurent instantanément, démantibulées, asphixiées sur place par la violence du choc. La chaleur provoque l'explosion de milliers de barriques de rhum entassées dans les multiples entrepôts et usines de la ville. Les explosions se succèdent, encore longtemps après le passage de la nuée.
Des flots de liquide enflammé s'écoulent dans les rues, achevant de calciner les corps. L'onde de choc atteint la mer. Un raz de marée de 3 métres s'abat sur les navires au mouillage, en même temps que le nuage de gaz. Chavirés ou incendiés, une vingtaine de bateaux coulent.
La ville et les allentours sont rasés. De petits morceaux de roche arrachés au volcan sont projetés jusqu'à Fort-de-France. Un linceul de cendres chaudes recouvre toute l'île de la Martinique. Le "Petit Paris des Antilles" a cessé d'exister.
Fort-de-France devient la Capitale de la Martinique.
Le 8 mai 1902 est devenu un jour de commémoration de cette éruption qui a détruit la ville.
Durant tout le mois de Mai, la ville de Saint-Pierre se recueille lors de ce qui est appelé "le mois de Saint-Pierre".
Cela n'a pas définitivement ébranlée la société pierrotine qui s'en est remise douloureusement et à recommencer à vivre malgré cette terrible tragédie.
Les plaisirs ne sont pas oubliés. La bonne société pierrotine se retrouve au théâtre édifié en 1786 pour servir de scène aux troupes que l'on fait venir de métropole. Le petit peuple qui gravite autour du port, ainsi que les marins et soldats de passage se donnent rendez-vous dans les nombreuses tavernes et maisons de passe installées dans les petites ruelles des hauteurs de la ville.
Chaque année, c'est le même rituel, une folie collective s'empare de Saint-Pierre à l'approche du carnaval. Le travail cesse, la population entière danse et chante dans les rues au rythme des tambours et des bouteilles de rhum qu'on débouche, avant de se rendre en bandes joyeuses terminer les agapes au lac des palmistes, en haut du Mont-Pelé.
La ville concentre la plupart des élites de l'île. Aux nombreuses familles békées qui y ont établie résidence s'ajoutent les professeurs des écoles publiques et religieuses, les magistrats, le corps médical, les hauts fonctionnaires et les cadres des industries privées. Tous contribuent plus ou moins au rayonnement culturel de la ville.
Un rayonnement bien modeste vu d'Europe, mais important pour les Antilles de l'époque.
La superficie de la ville est de
Il y a 5045 pierrotins.
La fête patronale est le 21 juillet journée du Saint Pierre.
Le Maire est Raphaël Martine.
A visiter à Saint-Pierre:
- L'ancien Théâtre
- L'Eglise du Mouillage
- Les Ruines de l'église du Fort
- Les Ruines de l'asile de Bethléem
- Le Cachot de Cyparis
- La Maison Coloniale de Santé
- Les Ruines de la rue Bouillé
- Les Piliers du pont Verger
- Le Musée Volcanologique
- Le Musée d'histoire et la ville
- La Maison de la Compagnie du Sénégal
- La Distillerie Depaz
- LeTombeau des Caraïbes
- Les Epaves sous-marines
- Le Quartier La Galère
- Le Fond Corré
- L'Habitation Duchamp
- L' Anse Latouche








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